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DéviancePartie prudentielleProfession

Point d’actualité

Un précédent billet a été consacré à la normalisation de la déviance. Une telle explication à des faits dramatiques pouvait sembler un peu hardie, dans la mesure où elle s’appuyait principalement sur des sources secondaires : les extraits de déclarations recueillis dans la presse.

Une nouvelle source secondaire vient confirmer cette analyse. En effet, l’un des prévenus (qui a été relaxé) a déclaré : « A Saint-Cyr, rien ne se passe comme ailleurs ». Cela peut faire écho aux déclarations de l’avocat de la partie civile qui estimait pour sa part qu’il y avait eu « un manque de sécurité, de préparation, de sécurité et d’intelligence », ce que confirment d’autres déclarations relatives à l’environnement des faits en question. Au-delà de la question des peines, celle de la normalisation de la déviance dans les activités de tradition demeure. Et, partant, celle de l’apprentissage : peut-on apprendre correctement si une part de sa formation initiale fait la part belle à la normalisation de la déviance ?

Source

Un autre billet était consacré à la part prudentielle d’un métier. Il exposait que certains métiers sont binaires (ou duaux) à savoir qu’à côté de leur partie normée qui explique comment faire et qui peut s’enseigner, il existe une partie prudentielle (ou phronesis) qui s’acquiert avec le temps.

Simultanément, un des thèmes du Beauvau de la sécurité est la formation des policiers, qu’elle soit initiale ou continue. Faisant partie des huit chantiers, c’en serait même un enjeu majeur si l’on en croit la presse. Pourtant, les éléments recueillis dans la presse également ne semblent prendre en compte que le nombre d’heures de formation, au détriment notamment de sa qualité et du contrôle des acquisitions en fin de formation. La lettre du Figaro précise même que la question de la formation sera abordée et ce n’est pas du luxe puisque les 12 heures de formation annuelle obligatoires, 20% des policiers les ont faites en totalité en 2019, déplorent les policiers. Former pour former est un travers déjà pointé du doigt dans différents secteurs professionnels où, dans la pratique, peu importe la qualité de la formation et ce que les personnes formées ont retenu, du moment que le quota d’heures de formation a été respecté. Quand un métier comprend un aspect prudentiel avéré, le respect d’un simple quota d’heures annuel ne peut suffire pour développer l’aspect prudentiel.

Prendre en compte l’aspect prudentiel du métier (quand il existe) exige de repenser la formation. A côté de la partie normée (les règlements et savoir-faire) doit ainsi exister une partie de mise en œuvre de l’acquis afin de savoir comment l’adapter aux situations particulières. Sa préparation est autre que celle des cours magistraux et des simples “mises en situation” : il ne s’agit pas de transmettre du savoir-faire ou de faire du drill, il s’agit de développer le caractère prudentiel de l’élève. Cette formation doit donc comporter plusieurs niveaux croissants de complexité pour que l’élève développe son appréhension de situations de plus en plus complexe, et destinée non à lui montrer ses limites, mais à développer sa capacité de réaction face à l’imprévu.

C’est ainsi que le chantier de la formation ne concerne pas seulement les personnes formées, mais aussi les formateurs.

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